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mercredi 11 janvier 2010

Violence méthodologique

Le texte peut être téléchargé.

L’un d’entre nous à « tenter de comprendre le processus et les effets de la violence des patients envers le personnel soignant (…) ». Cette problématique relève bien de l’exercice méthodologique surtout si ce dernier s’inscrit dans la démarche de développement professionnel d’un cadre en soins de santé. Le titre, rappelé ci-dessus, n’a été amputé que d’un appendice, le champ de cette problématique. C’est pourtant sur cet accessoire que je souhaite aussi revenir.

La violence, qu’il ne faut pas confondre avec l’agressivité, est un trait anthropologique et s’exerce donc en tout lieu où humain il y a. Elle peut être criminelle, légitime, symbolique et la liste des qualifiants est bien longue. Des auteurs de tous bords se sont essayés à proposer typologie et traité. Je ne vous propose que des sociologues : Marx, Weber, Foucault, Bourdieu. La violence est donc objet sociologique puisqu’elle n’est possible que dans l’interaction humaine. Comme le pouvoir, elle naît (possible) que dans le cadre de relations. Elle institue un rapport de force !

Revenons à nos modestes préoccupations. Afin d’éviter le piège des particularismes, source et caution à leur tour de violences, la violence est présente dans la plupart de nos pratiques soignantes. Certains de nos soins sont violents même si la violence exercée y est habituellement légitime. Un soignant est donc violent ! Si bien qu’aucune de nos disciplines, aucun de nos secteurs d’activités ne peut prétendre détenir le monopole de la violence ou, a contrario, être un lieu où la violence est absente. Dans ce cas, elle sera bien souvent niée ou ravalée pour n’être encore que plus violente.

Déjà présente dans le soin, elle peut encore s’exercer dans la relation de soin et ce par les deux tenants de cette dernière, le soignant et le soigné. Il y a certes des endroits où ces caractéristiques sont plus saillantes et donc plus aisément observables. Les soins psychiatriques, et plus particulièrement encore, lorsqu’ils s’exercent en milieu fermé et donc contraints, sont des lieux où l’on doit s’attendre à la rencontrer de manière saillante. La violence y est instituée et instituante !

L’intérêt méthodologique du champ était judicieusement choisi mais celui-ci ne peut aucunement nous dédouaner de percevoir le potentiel violent en d’autres lieux de soin. Les services d’urgence comme les services de long séjour ou de fin de vie sont le théâtre, souvent muet, de scènes de violence dont aucun des acteurs ne sort indemne ou lavé de toute responsabilité. Négliger ce fondamental, c’est d’abord faire violence à ces soignants et à leurs patients. En outre, en évitant ce piège du particularisme est permis la distanciation. Là où elle réside se développe concomitamment  l’enjeu de la polyvalence du cadre en soins de santé.

A mon tour, d’être violent et l’Emile de Rousseau sait bien qu’un éducateur comme un soignant peut être violent et efficace à la fois. Cette assertion ni ne cautionne, ni ne dispense les acteurs en présence de l’indispensable réflexion qui permet le développement au-delà de l’expérience. De fait, la manière de traiter ce sujet, cette problématique ô combien sensible, n’a pas respecté les exigences méthodologiques ; le glissement s’est réalisé et la rigueur s’est enveloppée. Je reste convaincu que rien n’a été fait sciemment ou sournoisement, que du contraire. Oserai-je écrire « inconsciemment » en lieu et place que je ne serai pas injuste avec l’élève ?

Alors, inconsciemment, le propos et son débat, le fond et sa forme, tous ont subrepticement viré du passionné au passionnel sous la force violente et débordante de la désirabilité sociale, jamais autant suscitée. Premier dérapage méthodologique ! Cet enchaînement s’est même transvasé en d’autres sphères institutionnelles. Second dérapage méthodologique ! Jamais à ce point, ce que je nomme parfois la fonction érotique, en d’autres moments l’effet placebo, n’a atteint pareil niveau. Forte est la corrélation entre cet usage et la rigueur attendue mais cette corrélation est négative.

In fine, cette aventure m’apporte quelques enseignements et je vous les livre sous la forme coutumière : un questionnement. S’il existe l’évaluation et l’autoévaluation, ne devons-nous pas rencontrer une forme de violence dénommée auto-violence ? Alors, exercice ! Ai-je baissé mon niveau de vigilance au point de ne pas percevoir certains signaux du glissement précédemment évoqué ? Ai-je commis quelques négligences dans mon accompagnement d’autant que je tends et tentes à ce qu’il soit le plus individualisé possible ? Ai-je émis mes messages et conseils de manière inappropriée ? Ai-je omis de m’assurer de l’usage de ceux-ci dans l’évolution du travail ? Ai-je manqué à l’une de mes missions à l’égard de l’un d’entre vous ? Me suis-je trompé ?

Patrick
A toi qui aime les citations en voilà une de F.G. de Levis, contemporain de Voltaire :
« Il est encore plus facile de juger de l’esprit d'un homme par ses questions que par ses réponses. »
Patrick vous invite à reprendre le fil de l’araignée. Vers le haut de page
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